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Vincent Carel

Péroraisons dérisoires et vilenies absurdes d'un butor prétentieux

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Suite particulièrement dérisoire à la contribution déjà superflue par moi dénommée "les inégalités progressent ou régressent..."

Par Vincent Carel :: dimanche 04 février 2007 à 2:52 :: Avec les inegalites sociales qui regressent la France progresse et vice versa

Voici donc la deuxième partie de la chose:

J’évoquais l’évolution des inégalités par le moyen d’une grille de lecture prenant en considération les catégories sociales mais cette analyse est impropre à traduire seule l’évolution des inégalités de revenus en France. En effet, l’appartenance à une génération joue un rôle notable, notamment parce que la situation de l’emploi au moment de l’arrivée sur le marché du travail influe sur le parcours professionnel des individus sur le long terme : ceux que le hasard de la naissance fera débarquer dans une période de croissance de l’emploi auront plus de facilités à décrocher un premier emploi, les entreprises mettant dans ce cas de côté leurs exigences d’expérience professionnelle puisque elles n’ont d’autre choix que d’embaucher des gens inexpérimentés, lequel premier emploi leur permettra d’acquérir rapidement de l’expérience, et ainsi de valoriser les connaissances acquises durant leur formation en les transformant en compétences ; à l’inverse, ceux que la malchance jette dans une société touchée par une pénurie de l’emploi seront souvent contraints soit d’accepter des conditions de travail et surtout d’embauche moins avantageuse (est-ce un hasard si le stage non rémunéré a pris une telle ampleur dans notre pays où le chômage est massif, notamment pour les jeunes et les seniors, c’est-à-dire les moins productifs, les uns par manque d’expérience et les autres à cause des effets du vieillissement quand l’expérience acquise ne peut plus entièrement les gommer ?), soit de se résoudre à un déclassement dont certains parviendront peut-être à s’extraire avec le temps mais qui aura forcément des répercussions sur leur parcours professionnel.

Et de fait il est constater un accroissement prodigieux de l’écart de revenus entre les générations durant les 30 dernières années puisque en 1975 un salarié âgé de cinquante ans percevait une rémunération de 15 % supérieure à un salarié âgé de trente ans alors qu’aujourd’hui l’écart atteint 40 % ! Sans doute faut-il voir dans cette évolution l’effet du chômage de masse qui pèse logiquement sur les derniers arrivés sur le marché du travail. Cela étant ne peut-on pas envisager la chose sous un autre aspect qui tiendrait à un système social qui tend à favoriser les situations acquises et à maintenir dans leur statut ceux qui en bénéficient, d’où l’on pourrait inférer que le blocage de l’ascenseur social serait la conséquence d’une forme d’accaparement des lieux de pouvoir par les classes d’âge qui y sont parvenus avant le début de la crise sociale ? Ce qui reviendrait à dire que les générations qui sont arrivés sur le marché du travail dans les années soixante et qui ont de cinquante à soixante ans aujourd’hui monopolisent à leur profit les fonctions hiérarchiques et contribuent au renforcement des crispations sociales en interdisant aux générations qui les suivent de participer à l’exercice du pouvoir sous toutes ces formes. Au vu de l’évolution de la moyenne d’âge des députés de l’Assemblée nationale, qui est passée de 52 ans en 1997 à 57 ans en 2002, on est droit de se poser des questions ; si l’âge moyen augmente de cinq ans quand la durée d’un mandat est elle aussi de cinq ans on peut légitimement en conclure que les mêmes classes d’âge trustent ce lieu : puisque la composition politique de l’Assemblée a fortement changé entre 1997 où la gauche était largement majoritaire et 2002 où la droite est devenue largement majoritaire avec environ 400 députés, UMP et UDF confondus, ce ne sont donc pas les mêmes individus qui conservent le contrôle de cette institution mais bien une classe d’âge, des individus différents mais qui appartiennent à une même génération. Cela fournirait également un début d’explication quant à l’incapacité de la France à donner une place aux membres de ses minorités ethniques, puisque celles-ci (du moins dans les régions européennes de la France) sont surreprésentées dans les générations postérieures aux années 50. Certes il s’agit là de considérations peu réjouissantes qui portent en elles le germe de graves problèmes politiques à long terme, notamment pour ce qui touche à la survie de notre système de Sécurité sociale, sachant que les générations moins bien rétribuées qui sont nées à partir des années soixante devront prendre en charge les dépenses de retraite et de maladie des baby-boomers (qui seront nécessairement élevées vu l’importance numérique de ces générations et leurs niveaux de revenus plus élevés que celui de la génération précédente comme de la suivante) bien qu’elles seront conscientes qu’elles-mêmes ne pourront probablement pas bénéficier de largesses comparables quand leur tour viendra de quitter le marché du travail, ne serait-ce que parce que leurs revenus auront été plus faibles que ceux de la génération précédente : des considérations peu réjouissantes mais qu’il serait peut-être bon de ne pas éluder si on souhaite parer d’éventuels règlements de compte auxquelles personne n’a rien à gagner, dans une perspective de réduction des inégalités tout du moins.

 

(Par ailleurs, et pour ne pas accabler injustement une génération qui a quand même fait de grandes choses : abattre un ordre moral étouffant ; amener une forte augmentation du niveau des salaires et une réduction des inégalités, en tout cas en son sein ; améliorer les conditions de travail et l’application du droit du travail ; contribuer à élever considérablement le niveau d’instruction moyen ; et sans doute plein d’autres choses encore…Et puis on peut aussi poser la question qui gêne aux générations nées dans les années soixante et soixante-dix : pourquoi cette incapacité à continuer les combats sociaux menés par les générations précédentes, que les baby-boomers ont su porter au plus haut, pour leur profit mais aussi en grande partie pour le nôtre ? Dans quelle mesure ces générations ne sont-elles pas responsables, de par leur apathie, de la situation de blocage dans laquelle elles se trouvent, elles qui sont nées et qui ont grandi dans le confort et la sécurité de la société de consommation commençante ?)

 

L’analyse générationnelle n’est pas seulement enrichissante par la comparaison des inégalités de revenus qui existent entre les différentes générations mais aussi par l’observation de l’évolution des inégalités au sein de chaque génération. Ainsi l’on voit se confirmer la fracture générationnelle : les générations nées avant 1960 connaissent une réduction des inégalités en leur sein, celles nées après une augmentation. Pour la classe des 25/29 ans l’écart de revenus entre les 10 % les plus pauvres et les 10 % les plus riches étaient de 2,7 en 1979 (les personnes nées entre 1950 et 54) alors qu’il atteint 3,1 en 1999 (celles nées entre 1970 et 74 ; il en est de même pour les classes 30/34 ans et 35/39 ans : en 1979 l’écart de revenus entre les personnes nées entre 1945 et 1949 est de 2,8, il monte brutalement à 3,5 en 1999 pour celles nées entre 1965 et 1969 ; pour les personnes nées entre 1940 et 1944 l’écart est de 3,2, il monte à 3,3 pour celles nées entre 1960 et 1964. A l’inverse pour la classe des 40/44 ans l’écart se resserre, passant de 3,6 en 1979 (les personnes nées entre 1935 et 1939) à 3,3 en 1999 (celles nées entre 1955 et 1959), pour la classe des 45/49 ans il passe de 4,2 en 1979 (les personnes nées entre 1930 et 1934) à 3,8 en 1999 (les personnes nées entre 1950 et 1954), pour la classe des 50/54 ans il passe de 4,9 en 1979 (les personnes nées entre 1925 et 1929) à 4 en 1999 (les personnes nées entre 1945 et 1949), pour la classe des 55/59 ans il passe de 5,7 en 1979 (les personnes nées entre 1920 et 1924) à 4,7 en 1999 (celles nées entre 1940 et 1944), pour la classe des 60/64 ans il passe de 5,1 en 1979 (les personnes nées entre 1915 et 1920) à 4,1 en 1999 (celles nées entre 1935 et 1939).

 

Ces évolutions confirment le rôle majeur joué par la période des Trente Glorieuses puisque l’on remarque que l’évolution des inégalités au sein d’une classe d’âge est corrélée à la durée de son implication dans cette période. Ainsi la diminution des inégalités de revenus représente 1 point pour les générations nées entre 1935 et 1944 qui sont arrivés sur le marché du travail entre la fin des années 40 et des années 50, et qui ont donc effectué la majeure partie de leur parcours professionnel avant le choc pétrolier de 1973 et surtout avant l’apparition du chômage de masse dans les années 80. Pour la génération suivante la diminution fléchit légèrement puisque elle n’est « que » de 0,9 point pour les personnes nées entre 1945 et 1949 ; mais elle régresse fortement pour n’être plus que de 0,4 et 0,3 point pour les générations nées entre 1950 et 1959 et qui sont arrivées sur le marché du travail à la fin des Trente Glorieuses. Enfin c’est la génération née entre 1960 et 1964 qui inaugure l’inversion du processus avec une hausse minime de 0,1 point des inégalités de revenus en son sein, or cette génération est la première à arriver sur le marché du travail après le choc pétrolier. L’impact de ce que certain économiste a nommé les Trente Piteuses sur l’évolution des inégalités au sein d’une même génération devient patent quand on constate que c’est la classe née entre 1965 et 1969 qui subit la plus forte hausse de ses inégalités avec + 0,8 point, or cette génération arrive sur le marché du travail dans les années 80 qui voit l’apparition du chômage de masse. L’analyse de ces données, si elle confirme le rôle primordial de la situation du marché du travail dans l’évolution des inégalités, tend aussi à infirmer la thèse selon laquelle les difficultés rencontrées par les générations nées après les années soixante résulterait d’une forme de domination des baby-boomers qui s’arrangeraient pour conserver leurs avantages acquis en faisant reposer le poids du chômage sur les générations suivantes. Plutôt que l’expression d’une tendance induite par une hiérarchie sociale qui se confondrait avec la pyramide des âges peut-être nous trouvons-nous là en présence d’une forme de ségrégation générationnelle, chaque classe d’âge formant un ensemble dont l’évolution professionnelle et pécuniaire suivrait une trajectoire autonome qui serait déterminée largement par les conditions d’accès à l’emploi au moment de son arrivée sur le marché du travail. Finalement on ne peut écarter le problème de l’accroissement des inégalités entre générations même s’il me semble inapproprié de dénoncer un système de domination : ne sommes-nous pas en présence de phénomènes induits par le manque de fluidité d’une société française qui, obsédée par la construction d’une impossible homogénéité culturelle du corps social, résout cette impossibilité par la ghettoïsation sociale, chaque groupe social formant une société relativement fermée qui se reproduit entre soi il devient pour lui-même « la société » de sorte que l’hétérogénéité de la société réelle devient imperceptible et le mythe d’une France homogène peut perdurer ?

 

Toujours est-il que les inégalités progressent au sein des générations nées à partir de 1960 ; toutefois, ne faut-il pas élargir le débat et ne pas s’enfermer dans une relation purement mécanique entre situation économique et sociale et situation des inégalités ? Les tensions politiques et les préjugés culturels n’influent-ils pas sur l’évolution des inégalités ? En effet l’accroissement des inégalités à l’intérieur des générations nées après 1960, c’est-à-dire celles qui sont nées avec la société de consommation, n’est-il pas la conséquence de l’individualisation grandissante de la société française ? Le fait que les individus ne lient plus leur destin à celui de leur classe sociale n’implique-t-il pas une moindre capacité à peser politiquement, en ce sens que la société produit toujours des hiérarchies, ce qui implique que, les individus ne disposant pas d’une égale autonomie, l’égalité factice entre les individus empêche les plus faibles de défendre et promouvoir efficacement leurs intérêts ? Ainsi la fracture générationnelle que l’on constate ne serait pas à l’origine de la fracture sociale qui existe entre les générations nées avant 1960 et celles nées après ainsi qu’à l’intérieur des classes d’âge postérieures à 1960 mais il se produirait un phénomène inverse, conséquence d’une mutation culturelle : l’affaissement de la conscience de classe dans les milieux populaires et la montée en puissance du sentiment individualiste à partir de 1960 affaiblissant les classes inférieures au plan politique, leur ôtant toute force au plan des luttes sociales, serait à l’origine de l’accroissement des inégalités dans ces générations dans la mesure où il abolit la pression sociale qu’exerçait les générations précédentes au sein desquelles la conscience ouvrière était prégnante et constituait l’arrière-plan des luttes sociales et politiques, contraignant les classes supérieures à un partage des richesses plus égalitaire.

 

Cette explication est moins agréable que celle qui ne voit dans l’évolution des inégalités que le produit de l’évolution du marché du travail mais il me semble qu’on ne peut la mettre de côté : pour s’en convaincre il suffit de fréquenter des ouvriers de diverses générations. Pour les générations d’avant 1960, et peut-être encore plus pour celles d’avant 1950, « ouvrier » ne désigne pas un état professionnel ni un statut social : être « ouvrier » c’est participer d’une culture, les ouvriers constituent pour ainsi dire un peuple en lui-même, un peuple qui édicte ses propres règles de morale, un peuple conscient de sa dignité et pointilleux sur ce point,ce qui explique que les gens étaient fiers d’être ouvriers et qu’ils se battaient pour défendre non pas uniquement des intérêts économiques ou des acquis sociaux mais aussi (et surtout ?) pour la reconnaissance et le respect de leur dignité collective, lequel alimentait un sentiment de dignité individuelle. Par contre pour les générations qui ont grandi à partir de 1960 « ouvrier » ne signifie plus rien ; à la conscience sociale s’est substituée une conscience liée à l’origine ethnique ou à l’orientation sexuelle et sans doute cela représente une bonne chose par certains aspects : chaque individu souhaitant s’épanouir, et pour ce faire être reconnu pour ce qu’il est par la société plutôt que de se fondre dans un moule prétendument universel, en vient à s’identifier à ceux qui partagent les mêmes problèmes de reconnaissance au sein de la société afin de peser collectivement aux niveau social et politique. Cette manière de faire et d’être constitue sans doute un moyen efficace au plan sociétal ; le problème c’est que les homosexuels, par exemple, ne forment pas une classe sociale cohérente : il y a autant de différences aux plans économique et social entre un animateur de télévision et la femme de ménage qui nettoie son bureau, que ces deux-là soient homo ou hétérosexuels.

 

L’évolution négative des inégalités concernant les générations postérieures à 1960 résulte probablement d’une conjonction de phénomènes : la dégradation du marché du travail, l’individualisation grandissante et la montée des revendications sociétales qui en découle, la désintégration de la conscience de classe et l’ethnicisation des rapports sociaux. Et puis, tout simplement, la dislocation objective de la classe ouvrière, que l’on peut percevoir en observant les inégalités de patrimoine entre les ménages…

 

Le lien où se persuader de la véracité des chiffres sur lesquels je fonde mon laïus :

http://www.inegalites.fr/spip.php?article522&id_mot=129

 

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