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HaendelPar M. :: 10/12/2007 à 18:46 :: Petites Choses egocentrees
J'écoute Haendel. Concerti grossi, op.6. Et je me souviens. Cet été. Ce petit village. Cette église, ou cathédrale, je n'ai jamais su faire la différence, n'ai jamais cherché à apprendre. L'église, donc. La voiture garée plutôt loin, les pas que nous avions fait l'une prés de l'autre, en fumant une cigarette. La nuit qui n'était pas encore. L'heure d'été... Bien sûr, nous n'étions pas placées, bien sûr, nous étions mal assises. Le reste du public était âgé, sérieux, étrangement calme. J'étais loin des ambiances que je connaissais, que j'aimais. Quelques chuchotements. De la poussière. Une douce lumière. Une atmosphère de bibliothèque, un peu. Mais sans livre. Quoique. Je m'aperçus alors que la majorité des personnes assises là portait des lunettes. Je pariai avec moi-même qu’elles portaient aussi des chapeaux, pas ici, bien sûr, mais à l’extérieur, quand on sortirait de l’église ils remettraient tous leur chapeau sur leur tête. Un public de tempes grises, lunettes, et chapeaux, donc. Non sans bruit, on ferma la lourde porte en bois. Quelques chut. Des chaises que l'on tirait, ou poussait, je ne sais. Elle me demanda si j'avais bien coupé mon portable. Je lui répondis que oui, évidemment je l'avais coupé. Et lorsque le premier violonniste fit son premier mouvement, elle attrapa ma main, la serra fort. Elle resta là, dans la sienne, posée sur sa cuisse, tout le temps du concert. Je ne saurais d'ailleurs dire combien il a duré. Une heure ? Une vie ? Une éternité ? Avais-je vécu ou bien rêvé ? Sa main, maintenant moite autour de la mienne, semblait bien réelle, mais tout était si...comment dire ? J'étais transportée, je planais, je ne m'étais jamais sentie aussi calme, aussi sereine. Je ne sentais plus rien, ni le bois dur sous mes fesses, ni l'air frais qui se dégageait des pierres, pas même la présence des autres spectateurs. Rien d'autre que la musique. Et sa main. Seul pont avec la réalité. Je fus incapable d'applaudir. Incapable de me lever. Incapable de parler. Mes yeux pleuraient, pas moi, mes yeux seulement, ils pleuraient d'avoir vu tant de beauté. Pas des sanglots, juste des larmes, une à une, bien rondes, qui roulaient sur mes joues. Elle en essuya une. Se leva, me tira par la main et m'entraîna dehors. Là, elle alluma une cigarette qu'elle me tendit, puis une autre pour elle. Elle fit quelques pas, sur sa droite. Nous étions garées sur la gauche. Je me décidai finalement à la suivre. Et à m'asseoir sur le banc, face à l'église, prés d’elle. Une minute de silence spontanée. Puis, dans la lumière du réverbère elle se tourna vers moi, me regarda dans les yeux, et : - Pourquoi as-tu pleuré ? - L'émotion. C'était beau. - Oui, c'était beau, c'est vrai. Et je suis contente que tu aies aimé. - Beaucoup. - Beaucoup. C'est bien. Moi aussi j'ai aimé, beaucoup. Mais je n'ai pas pleuré. - ... - Pourquoi as tu pleuré, M. ? - Parce que c'était beau, vraiment. Tu sais, je pleure souvent quand c'est beau. - Parce que...? - Parce que c'est beau. ... Et que j'aimerais qu'il le voit... Elle ne dit plus rien. Reprit ma main dans la sienne et ne la lâcha pas jusqu'à la voiture. Dans le silence et dans la nuit, elle roula hors du village, hors de la région, hors du temps.
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Commentaires Le 14/12/2007 à 5:07, par P.comme...
Je suis quotidiennement ton blog, j'aime la facon dont tu parviens a decrire avec force et finesse, les sentiments, les emotions que tu peux ressentir.
Voila, ici, aujourd'hui il a neiger, mais je suis mon parcours dans le desert,les dunes de sables se ressemblent, seuls quelques mirages me donnent la force de continuer a chercher la voie. En esperant avoir bientot de tes nouvelles sur la blogosphere. bises Le 14/12/2007 à 19:31, par M.
Merci Pierrick... Vraiment.
Sinon, un mail avec les récits détaillés de tes aventures entre l'Ecosse, le désert, et le Groenland (pourquoi pas ? plus rien de m'étonne venant de toi...) ne serait pas pour me déplaire, bien au contraire... Je t'embrasse aussi Ajouter un commentaire |
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