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Les "superprofits" existent-ils ?

Par Caroline Kim :: 04/03/2007 à 16:16 :: Général
Les débats sur la taxation des "superprofits" ont récemment resurgi en France, suite à la publication par Total de ses très bons résultats pour 2006. Cette polémique m'avait déjà frappée en Russie où elle revient régulièrement sur le devant de la scène (en Russie on parle de "sverkhdokhod" - сверхдоход).

Super ou moyen
La question qui m'avait alors taraudée, et qui m'intéresse toujours, est la suivante : qu'est-ce qu'un superprofit ? A partir de quand un profit cesse de l'être et passe dans la catégorie du superprofit ? A la recherche de cette information, je suis tombée sur un premier élément de réponse qui m'a étonnée : la notion de "superprofit" est d'origine marxiste. Voici un extrait de wikipedia:
 "Le terme "superprofit" a été utilisé la première fois par Karl Marx dans son ouvrage Das Kapital. En résumé, il désigne les profits d'entreprise situés au-dessus de la normale, et apparaissant dans trois situations principales :
    * des entreprises ayant une avance technologique ont une productivité supérieure à la moyenne dans un marché compétitif et en croissance
    * dans des conditions où la demande décroît, seules les entreprises ayant une productivité au-dessus de la normale obtiennent un taux de profit moyen, le reste ayant des profits inférieurs
    * des sociétés ont un monopole sur des ressources ou des technologies, générant en réalité des rentes terriennes, minières ou technologiques."
D'après Marx, le superprofit est donc supérieur à la moyenne ; mais à quelle moyenne ? A celle des autres entreprises du même secteur, à celle des entreprises de même taille ? En réalité, il ne semble pas y avoir de définition vraiment précise du terme : un superprofit est donc un profit qui "semble" excessif. Tout est une question d'interprétation. La proposition de taxer les "superprofits" nous promet donc des débats sans fin sur l'appréciation du profit : est-il super, pas vraiment super, plutôt normal... Ces débats ont d'ailleurs immédiatement surgi quand les "superprofits" de Total ont été mis en cause : "Quand on y regarde bien, Total ne réalise un bénéfice net que de 8,2 % (Résultat Net / Chiffre d'affaires). Un bon résultat, mais qui n'as rien d'exceptionnel. Carrefour réalise par exemple 41 % de marge, mais ça ne fait que 1,8 milliards d'Euros, et puis la grande distribution, ça a l'air plus "respectable" que le buisness du pétrole, non ?" disait un certain Fred sur le forum du journal Libération ; "12,5 milliards d'euros, c'est finalement un assez maigre superprofit. Aux Etats-Unis, Exxon affiche un bénéfice de près de 30 milliards d'euros cette année", soulignait la journaliste Muriel Gremillet, qui avait traité le sujet pour Libération.
En outre, le terme de superprofit est utilisé généralement pour désigner les bénéfices des entreprises pétrolières ou minières, qui touchent une rente quand le prix du pétrole augmente : elles ne travaillent pas plus, et pourtant elles gagnent plus d'argent. Mais si l'on taxe ces bénéfices engendrés par l'augmentation du prix du pétrole, ne devra-t-on pas subventionner ces entreprises si les cours s'écroulent tout à coup ? Et imaginons que le prix du maïs connaisse tout à coup une envolée (par exemple en raison de l'augmentation des prix du pétrole, qui booste la consommation de biocarburants...) : taxera-t-on les agriculteurs qui en profitent? Va-t-on niveller tous les marchés d'échange des matières premières ? Ou ne s'en prendra-t-on qu'aux pétroliers parce que le pétrole a mauvaise presse ?

Que fait la Russie de ses "superprofits" ?
Dans ce débat, la situation de la Russie est particulière. Son économie dépend beaucoup plus largement que la nôtre des revenus issus de la vente des matières premières. Elle en dépend même très, très largement. En parallèle, la population est encore pour une large partie très pauvre. Les revendications d'une redistribution des revenus pétroliers sont donc encore plus fortes qu'en France.
Face à l'augmentation des cours mondiaux, le gouvernement a mis en place un "fonds de stabilisation" en 2004. Il permet de mettre en réserve une partie des recettes d’exportation du pétrole dès lors que celui-ci dépasse un certain seuil, afin de créer un "airbag" qui amortisse l'éventuel choc d'une crise pétrolière, mais aussi de lutter contre l'inflation qui pourrait apparaître en raison de l'afflux dans l'économie de cette masse financière. Son objectif n'est donc pas "punitif", contrairement à celui de la "taxe sur les superprofits" que certains préconisent pour Total. Il ne doit pas sanctionner les importants profits d'entreprises qui bénéficient du cours élevé d'une matière première, mais stabiliser l'économie.
Reste la question de l'allocation de ces énormes ressources (au 1er mars 2007, le fonds de stabilisation comprenait près de 80 milliards d'euros, d'après le cours officiel de la Banque de Russie, et les actifs du Fonds pourraient augmenter de 50% en 2007 selon les estimations de l'agence Fitch). Elles dormaient jusqu'à présent sur des comptes russes ; fin janvier 2007, le ministre des Finances Alexeï Koudrine a soumis au gouvernement un projet de décret sur la gestion du fonds de stabilisation. Le document prévoit que la Banque centrale aura désormais le droit de convertir une partie du fonds en valeurs étrangères. Certes, cela est plus intéressant que de laisser l'argent en sommeil ; mais la Russie manque cruellement d'investissements, des dires du gouvernement lui-même, et il semble étrange de le voir investir ses revenus à l'étranger.

Alexeï Koudrine


Sur les superprofits, deux post intéressants :
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2007/02/15/765-faut-il-taxer-les-profits-de-total
http://egocognito.over-blog.com/article-5671080.html

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